L’Auran a co-organisé, avec les partenaires de la Chaire Habiter au prisme des limites planétaires, un après-midi consacré aux ateliers « Où atterrir ? », le 30 mars dernier.
Inspirés de l’essai éponyme du philosophe Bruno Latour, ces ateliers proposent une méthode – à la croisée de l’anthropologie, de l’architecture et de la cartographie – pour « faire atterrir » les projets et les modes d’habiter dans le respect des limites planétaires.
L’anthropologue Veronica Calvo Valenzuela, deuxième résidente de la chaire, développe notamment cette approche à travers des ateliers menés avec différents acteurs de l’aménagement du territoire nantais.
Lors de cette rencontre, ses travaux ont été mis en perspective avec ceux du Studio SHAA et de la Société d’objets cartographiques, représentés par les architectes Alexandra Arènes et Solheil Hajmirbaba.
Décrire autrement les territoires
La démarche « Où atterrir ? » invite à revisiter notre manière de décrire les territoires. Elle part d’une question simple mais structurante : de quoi dépendons-nous pour vivre, et à quoi tenons-nous ?
Les ateliers proposent ainsi aux participants de décrire leur « terrain de vie », c’est-à-dire l’ensemble des relations – sociales, économiques, affectives mais aussi biophysiques – qui rendent possible leur existence. L’eau, les sols, les arbres, l’air ou encore les cycles bio-géochimiques ne sont plus considérés comme un simple décor du territoire : ils deviennent des acteurs à part entière des dynamiques territoriales.
Ce déplacement du regard amène à questionner certaines représentations classiques de l’aménagement. Pourquoi, par exemple, les documents d’urbanisme abordent-ils souvent le sol uniquement comme une surface, alors qu’il est aussi une épaisseur vivante, peuplée d’acteurs humains et non humains et dotée de capacités écologiques déterminantes ? Comment passer d’une « nature décor » à une « nature processus », dont les dynamiques influencent directement nos conditions d’existence ?
Entre local et global : habiter la « zone critique »
Les échanges ont également mis en lumière la tension permanente entre le local et le global qui caractérise les territoires contemporains. Chaque lieu est à la fois émetteur et récepteur : les activités qui s’y déploient contribuent aux transformations environnementales globales, tandis que ces transformations se répercutent en retour sur les milieux locaux.
Cette vision renvoie à la notion de « zone critique » – cette fine couche de la planète où interagissent l’air, l’eau, les sols et le vivant, et dont dépend l’habitabilité de la Terre. Dans ce contexte, les territoires du XXIᵉ siècle ne peuvent plus être appréhendés uniquement comme des espaces administratifs ou fonctionnels. Ils sont aussi des systèmes d’interdépendances, reliant humains et non-humains à différentes échelles.
Une méthodologie pour redéfinir l’action collective
Concrètement, les ateliers « Où atterrir ? » proposent des outils pour représenter ces interdépendances et alimenter la discussion collective. Lors de la rencontre, une séquence d’auto-description de problématiques territoriales a été expérimentée à partir d’une boussole tracée au sol. Les participants ont été amenés à répondre à la question suivante : “Nommer une chose, une entité, un être ou une activité, qui dans le cadre de vos projets est menacée de disparaître”. Ils ont ensuite été invités à prendre place au cœur de la boussole, afin de simuler un exercice de description (des formes d’attachements à un territoire) et d’orientation (en identifiant ce qui menace l’entité, ce qui empêche les actions, ce qui pourrait contribuer à favoriser l’existence de cette entité…) La boussole apparaît ainsi comme un media permettant de situer les acteurs concernés par un problème donné, leurs alliances potentielles, leurs oppositions et leurs capacités d’action.
Cette démarche vise à repolitiser la question écologique, en montrant que les enjeux environnementaux sont indissociables des choix collectifs et institutionnels. Elle invite ainsi à redéfinir nos cadres de décision pour les faire « atterrir » sur les réalités écologiques et sociales des territoires.
Une approche pertinente pour les projets urbaine
Pour les acteurs de l’aménagement, cette méthodologie ouvre des pistes concrètes. En mettant au centre les interdépendances entre milieux et sociétés, elle contribue à renouveler les pratiques de concertation et de co-construction des projets urbains.
Dans un contexte de transitions écologiques et climatiques, concevoir les territoires suppose en effet de multiplier les alliances entre acteurs et de mieux comprendre les systèmes dont dépend leur habitabilité. Une invitation, aussi, à prendre le temps de décrire les territoires avant de les transformer, afin de construire des projets plus situés et plus soutenables.
Un grand merci aux intervenantes et intervenants pour ces prises de hauteurs !
Pour en savoir plus :
L’Auran – Agence d’Urbanisme de la Région Nantaise, l’entreprise Sce Aménagement & Environnement Keran, L’Institut d’études avancées de Nantes et l’ENSA Nantes s’associent à travers la chaire Habiter au prisme des limites planétaires pour repenser les approches territoriales, urbaines et architecturales. Ensemble, ils cherchent à impulser une dynamique de recherche collaborative tournée vers la production de connaissances et la formulation d’hypothèses transformatrices à même de faire émerger de nouvelles réflexions, pratiques, modes de faire.
Liens vers la Chaire :
https://www.iea-nantes.fr/en/news/veronica-calvo-valenzuela-new-tenant-living-within-planetary-boundaries
https://www.iea-nantes.fr/fr/agenda/habitabilite-et-ancestralite-temps-terre-comme-condition-historique-veronica-calvo
