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Agence d'Urbanisme de la Région Nantaise

L’Agence d’urbanisme de la région nantaise (AURAN) produit des analyses, décrypte les tendances et actualise des données pour les collectivités. C’est un outil partenarial d’aide à la décision pour les élus et une ressource pour la compréhension et la mémoire des territoires.

Avant / Après : Le LU, une usine de biscuits devenue fabrique à imaginaire

Entre le canal St-Félix et l’avenue Carnot, au sud de la voie ferrée et à deux pas de la gare d’Orléans, un vaste bâtiment s’élève, jouxté d’une haute tour circulaire aux décors Art nouveau. À une façade aveugle sur l’avenue, succède un mur vitré derrière lequel se profilent les silhouettes de bidons et conserves de différentes tailles. Une porte à tambour - dans la dernière façade, courbe, zébrée d’escaliers métalliques suspendus - permet de pénétrer dans le bâtiment. Aux beaux jours, sur une terrasse rustique à l’ombre des platanes, assis dans des transats, on peut prendre un verre et bavarder tout en contemplant le spectacle du canal et les passants plus ou moins pressés qui vont et viennent depuis la gare. Des vapeurs parfumées à l’eucalyptus et autres huiles essentielles embaument parfois les rues alentour. À l’intérieur - un décor brut mêlant traces du passé et éléments récupérés - une librairie, un bar, un restaurant, un disquaire certains jours, une crèche, un hammam et un ensemble de salles dédiées aux expositions et spectacles constituent le cœur du Lieu Unique, Scène Nationale de Nantes, « espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. Son credo : l’esprit de curiosité dans les différents domaines de l’art : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et sciences humaines ». Même la tour se visite et permet de découvrir, par un astucieux « gyrorama », un point de vue imprenable sur le centre de Nantes, notamment le Château des ducs de Bretagne. Cette usine « à produire de l’imaginaire », pour reprendre les mots de Jean Blaise, semble aujourd’hui avoir toujours été là, intégrée dans la vie du quartier, source et matrice de diverses animations. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, quoique…

Longtemps considérée comme un espace au sol instable et trop fréquemment inondé pour être bâti, la prairie de la Madeleine devient au dix-neuvième siècle un endroit idéal pour implanter des usines : assez éloignée du centre pour limiter les nuisances, assez proche pour ne pas allonger les déplacements. Les premières implantations se font à partir de la chaussée de la Madeleine en direction de l’est créant un quartier populaire mêlant usines et habitat.
C’est à la fin du siècle que la partie est se voit doter d’équipements qui la rattachent définitivement à la ville : l’avenue Carnot, ouverte en 1896, dessert le Champ-de-Mars - marché central, lieu d’événements publics - et traverse l’usine Lefèvre-Utile implantée quai Baco en 1885 en lieu et place d’une filature. Cette usine de biscuits a vite prospéré et s’agrandit sur toute la partie est du quartier de la Madeleine : en 1913, sur quatre hectares, 1 200 personnes y travaillent.
En 1909, l’usine a été dotée d’une entrée monumentale flanquée de deux tours de part et d’autre de l’avenue Carnot. Ces deux tours deviennent des symboles forts de la marque mais aussi de la ville. On les retrouve sur les cartes postales de l’époque et sur de nombreuses photographies familiales, clin d’œil de la ville industrielle au château historique situé sur la rive nord de la Loire.

 

 

Les comblements transformeront la physionomie du secteur mais l’usine reste là, produisant la gaufrette Paille d’Or dans l’actuel LU, baignant le quartier d’odeurs gourmandes jusque dans les années 1970. C’est alors que le quartier perd peu à peu sa vocation industrielle et qu’il entre dans une période de déshérence : départ des ateliers et usines, du marché de gros (création du Min en 1969), destruction du palais du Champ-de-Mars (1988), fermeture des usines LU (1988) dont la production est transférée à la Haye-Fouassière. Des squats d’artistes utilisent certaines friches industrielles mais le quartier reste longtemps hors du développement urbain. L’édification du siège social du CIO et de la Cité des Congrès (1992) précèdent un travail plus fin de réhabilitations et constructions où se mélangent dans un apparent désordre logements, bureaux, ateliers. Le festival Les Allumées (1990 à 1995) en faisant re-découvrir des lieux emblématiques de la ville mettra sur le devant de la scène ce qui reste des usines LU où, après une réhabilitation lourde et subtile (architecte Patrick Bouchain), le Lieu Unique s’installera à l’aube de l’an 2000, non sans avoir auparavant entassé des objets témoins du siècle précédent derrière le mur vitré de la rue de la…Biscuiterie.

 

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